Pas de soumission à «l’Uberisation» de la société !

29 Mai 2017
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Ma tribune avec Stéphane Peu :


Stéphane Peu et Eric Coquerel, candidats dans la 2ème et 1ère circonscription du 93, investis par France Insoumise et soutenus par Jean-Luc Mélenchon appellent à une réunion commune le 1er juin à la Bourse du Travail de Saint-Denis avec des travailleurs upérisés.

«Allez à Stains [Seine-Saint-Denis] expliquer aux jeunes qui font chauffeur Uber qu’il vaut mieux aller tenir les murs ou dealer. Les quartiers où UBER embauche, ce sont des quartiers où nous, on ne sait rien leur offrir. En effet, ils travaillent 60 ou 70 heures pour toucher le SMIC […] Qu’est-ce qu’on leur a offert de mieux depuis 30 ans?» 

Ces propos d’Emmanuel Macron tenus sur une vidéo publiée sur Mediapart en Novembre 2016 nous restent en travers de la gorge. La vision est caricaturale et humiliante : non seulement tous les jeunes des quartiers populaires ne travaillent pas 70 heures par semaine pour toucher le SMIC (ce qu’il reste du droit social malgré vos lois et celles de vos amis s’applique aussi dans nos villes M. Macron !),  mais surtout tous ceux qui ne travaillent pas ne « tiennent pas les murs ou dealent » !  Imaginer que leur choix doit se limiter à « Uber ou Dealer » exprime un cruel manque d’ambition et un profond mépris du nouveau Président de la République pour les questions de l’emploi et de la jeunesse dans ce pays.

En tant qu’acteurs politiques engagés lors de cette campagne pour les élections législatives sur plusieurs villes de Seine-Saint-Denis (Epinay, L’Ile-Saint-Denis, Saint-Ouen, Saint-Denis, Pierrefitte et Villetaneuse) nous constatons au quotidien les dégâts que produit l’Uberisation de l’économie sur nos populations.

Ce terme construit à partir du nom de la plate-forme numérique de mise en contact entre utilisateurs et chauffeurs VTC Uber est devenu le symbole d’un bouleversement sans précédent de notre manière de concevoir et de vivre le travail. 

Ce nouveau modèle économique consiste à créer une plateforme numérique pour la mettre à disposition des professionnels indépendants dans des domaines aussi divers que ceux des transports, de la logistique, du déménagement, des commerces, de l’hôtellerie ou de l’éducation, etc…

Prenant appui sur le mouvement actuel de dérèglementation des professions, il se caractérise par un recours massif à l’auto-entrepreneuriat. Ce statut, créé en 2008, puis sans cesse promu par Emmanuel Macron lors du quinquennat Hollande et de sa campagne électorale de 2017 permet en réalité de mettre en place un système de sous-salariat déguisé grâce auquel les entreprises gérant ces plateformes numériques contournent la fiscalité et le droit social français.

En effet, qui dit statut d’auto-entrepreneur, dit également absence de salaire minimum, de protection en cas d’arrêt maladie, de congés payés et dépendance totale à la politique tarifaire de la plateforme puisque celle-ci est, dans la majorité des cas, le client unique de ces professionnels indépendants.

Leurrés par ces entreprises qui leur promettaient, il y a encore quelques mois, un salaire confortable en devenant leur propre patron, des milliers de jeunes de nos quartiers populaires qui ont cru pouvoir s'en sortir grâce à l’auto-entreprenariat se retrouvent aujourd’hui pris au piège. 

Endettés et sans perspective, près de 25 000 chauffeurs VTC (dont près de 2000 vivent sur le territoire de Plaine Commune) travaillent aujourd’hui en moyenne 70h par semaine pour à peine plus de 1000 euros par mois, soit un salaire net horaire approchant les 3,50€ / heure !

Loin de créer de l’emploi, l’Uberisation de la société provoque donc une disparition rapide des droits des travailleurs et, de fait, une nouvelle forme d'esclavage moderne et de précarité qui fragilise des professions règlementées victimes de ce véritable dumping social. 

Face à cette situation, la résistance s’organise. Après les taxis en 2013, ceux-sont les chauffeurs VTC qui depuis l’hiver dernier manifestent contre la casse des prix pratiquée par les plateformes et la surexploitation dont ils sont l’objet. L’Urssaf a également dénoncé juridiquement le non-paiement des cotisations patronales par Uber. Des collectifs de coursiers à vélo se sont formés après la fermeture brutale de plusieurs plateformes de la livraison de repas à domicile. Enfin, en Californie comme au Royaume-Uni, les chauffeurs VTC ont réussi à obtenir la requalification en salariat du contrat qui les liait aux plateformes numériques après avoir assigné celles-ci en justice. 

La lutte des travailleurs indépendants est un combat pour tous les travailleurs du pays. Le système Uber est en effet un cheval de Troie pour faire revenir en arrière l’ensemble du monde du travail. Sous couvert de modernité, c’est le retour aux rapports d’exploitation du 19ème siècle et au travail à la tâche. Il est donc urgent que la puissance publique s’attache à réguler l’activitédes plateformes et à construire un cadre protecteur pour l’ensemble des travailleurs de ces secteurs.

Il faudrait pour cela commencer par abroger la loi El Khomri et revenir sur les lois Macron afin de rétablir la hiérarchie des normes sociales et le principe de faveur. Il faut ensuite permettre à tous les travailleurs affiliés au régime social des indépendants (RSI) de rejoindre le régime général de la sécurité sociale. De même, il est vital que ceux qui le souhaitent puissent accéder au salariat par la requalification de leur contrat auprès des plateformes numériques pour qu’ils puissent ainsi jouir des droits qui s’y rattachent.

Pour autant, parce que la révolution numérique n’est pas un mal en soit, le dépassement de l’Ubérisation peut aussi passer par l’encouragement et l’aide à la création de coopératives de travailleurs indépendants afin que ceux-ci puissent contrôler collectivement les plateformes qui les mettent en relation avec les clients.

Malheureusement, ces propositions de « bon sens » ne sont pas prêtes de voir le jour si nous laissons faire Emmanuel Macron et son gouvernement. Ces derniers sont les plus fervents partisans du l’Uberisation de la société et incarnent plus généralement toutes les vieilles recettes du libéralisme qui ont déjà tellement abimé la France. La majorité parlementaire que le Président réclame aux Français lors des élections législatives sera faite pour donner les mains libres au gouvernement et engager dès l’été le laminage du Code du travail et la poursuite des mêmes politiques d’austérité qui saccagent les services publics.

C’est pourquoi, les 11 et 18 juin, ne donnons pas les pleins pouvoirs à M. Macron et à son Premier Ministre ! Faisons élire un maximum de députés qui refuseront de se soumettre et proposeront des choix alternatifs à l’Assemblée Nationale. Il est plus que temps de stopper l’Uberisation de la société. Car non, on ne choisit pas entre le chômage et l’esclavage !

  • Le 1er juin à la Bourse du Travail de Saint-Denis (9-11 Rue Génin, 93200 Saint-Denis) de 14h à 15h30