BBB doesn’t pay me

6 Mai 2017
DR Ce samedi soir devant le restaurant BBB London

En cette veille d’élection il est évidemment hors de question de vous entretenir de politique intérieure française. Cela tombe bien je veux vous raconter une histoire britannique.

Combien de fois nous a-t-on vendu l’attractivité de Londres au sujet du marché du travail ? A en croire ceux qui rêvent de voir la France adapter définitivement la dérégulation made in England, ici il suffirait de se pencher pour trouver du travail. C’est d’ailleurs ce qui expliquerait que tant de jeunes européens, dont français, partiraient dans une des capitales les plus attractives du monde nous dit-on.

L’attractivité est incontestable. Londres est une ville qui bouge. Par contre, question conditions de travail, l’envers du décor est sinistre.

Tout ici est précarité à l’extrême. Quand un jeune étranger travaille dans la restauration ou les magasins de vêtement (soit la quasi totalité des secteurs qui recrutent cette main d’oeuvre jeune), la première règle c’est… pas de règle. Donc pas de contrat de travail et la possibilité d’être viré du jour au lendemain. Le cadre légal hebdomadaire ? Poser la question fait rire ici : il n’est pas rare de travailler 11 à 14 heures par jour. Une protestation ? Et bien justement la porte est grande ouverte puisqu’aucun contrat ne vous protège.

Cette loi de la jungle peut autoriser à tous les abus. A Londres pendant trois jours pour un séjour familial (mon fils y est justement venu travailler quelques mois pour parfaire son niveau en langue), j’ai ainsi eu l’occasion d’en découvrir un sous mes yeux. Ca se passe au restaurant branché BBB pour Beach Blanket Babylon dans le quartier de Shoreditch. Trois étages où comme souvent dans ce quartier on peut manger, boire, danser. Ce restaurant appartient à un dénommé Robert Newmark bien connu paraît-il des nuits londoniennes. Il possède d’ailleurs deux autres restaurants du même type à Londres.

Dans ce restaurant donc la règle est de payer en retard ses employés. Jusqu’à un mois de retard n’est pas rare. C’est un mode de fonctionnement. Cela peut aussi être juteux pour le propriétaire. Car ce retard, lorsque les jeunes salariés repartent chez eux, devient carrément un impayé. Vous partez ? Bye Bye, on vous paiera plus tard. Seul moyen pour essayer de se faire payer, prendre un avocat spécialisé en droit du travail. Peu de jeunes le font puisqu’il faut avancer les honoraires de l’avocat soit quasiment l’équivalent d’un salaire. Ce procédé systématique ou presque n’est pas anodin : cumulés ces impayés grimpent à des milliers de Livres Sterling.

Pourquoi raconter cette histoire ? En premier lieu pour faire de la « pub » à ce restaurant. Mais aussi pour saluer une initiative. Il se trouve que la plupart des jeunes qui en sont victimes cherchent une issue individuelle. Sauf que là ils ont décidé de réagir collectivement et d’exiger leur salaire ensemble. Ils ont commencé vendredi par déclencher une grève « sauvage » de solidarité sur les lieux. Cela n’a pas suffi. Alors  ils ont décidé de revenir tous les soirs devant le restaurant habillé d’un T shirt portant l’inscription « BBB doesn’t pay me ».  Ils espèrent ainsi interpeller les clients sur le sort qui leur est fait. Cela a débuté ce samedi et comptent bien recommencer autant que nécessaire. C’est ce « paye moi patron » que j’avais envie de vous raconter en solidarité avec ces jeunes résistants. Insoumis à leur manière.    

 

     

 

 

Commentaires

Il y a 20 ans déjà bcp de Lillois partaient travailler à Londres faire leur expérience anglo-saxonne. La plupart revenaient rincés , sans aucune économie et souvent en ayant abandonné leurs études car soutenir travail et études la bas c'est encore pire qu''en France Le point positif? L'encanaillement culturel et festif. Un certain esprit de l'underground d'autant plus vif que le libéralisme économique broie la jeunesse sous la compétitivité. Merci Tatcher.