UN BEAU RASSEMBLEMENT POLITIQUE A BOBIGNY

12 Février 2017
Rassemblement Bobigny samedi 11 février
Ils sont deux dizaines qui se relaient sur une tribune de fortune. La sono qui répercute leur discours n'est pas très puissante mais autour deux l'attention est forte même si régulièrement des slogans viennent les "concurrencer". Ils en lancent d'ailleurs eux-mêmes. Nous sommes plus de 3000 ce samedi 11 février rassemblés sur ce terrain qui jouxte le tribunal de Bobigny pour exiger justice pour Théo. Il y a beaucoup, beaucoup de jeunes des quartiers mais aussi des familles entières, je reconnais aussi des militants, syndicalistes, associatifs, politiques, des citoyens croisés lors des mobilisations contre la loi travail ou ici même en soutien aux militants CGT d'Air France condamnées pour la chemise d'une cadré déchirée. Je suis parmi quelques élus présents dont mon ami Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers. Il y aussi mon camarade Aissa Terchi. Pendant deux heures un meeting improvisé a ainsi lieu. Les orateurs disent leur quotidien et leur révolte face à l'arbitraire et les discriminations quotidiennes mais aussi que nous sommes là pour parler de solutions. On y entend des choses diverses, certaines que je partage, d'autres moins mais toutes sont dites avec la force de ceux et celles qui les vivent directement. Les rapports conflictuels avec la police sont évidemment omniprésents. Je pense à ma discussion cette semaine avec le responsable du plus grand centre social des Ardennes installé au milieu de la cité la plus populaire de ce même département, à Charleville-Mézières : "dans les années 80, y avait ici à côté un commissariat de proximité et des ilotiers. Ils travaillaient même avec les associations du quartier et franchement la situation était paisible, rien à voir avec les patrouilles de police qui viennent aujourd'hui de l'extérieur". Je pense aussi à cette déclaration le 3 février 2003 à Toulouse de Nicolas Sarkozy admonestant des policiers venus lui expliquer justement leur travail de terrain avec les jeunes du quartier : "La police n'est pas là pour organiser des tournois sportifs, mais pour arrêter des délinquants, vous n'êtes pas des travailleurs sociaux". et de rayer d'une plume la méthode de police de proximité. Quinze ans après le résultat de cette politique imbécile et irresponsable est sous nos yeux. Sur fond de montée du chômage et de la précarité et d'affaiblissement de tous les services publics mais aussi des associations dont les budgets sont sans cesse rognés, le seul rapport des dizaines de milliers de jeunes avec l'Etat est le contact avec la BAC ou ces "brigade spécialisée de terrain", petites unités légères et armées dont l’un des objectifs est de "tenir le terrain" dans des zones difficiles comme on dit, auxquelles appartiennent les policiers qui ont sauvagement agressé Théo.

Samedi donc pendant deux heures les orateurs font de la politique au sens premier du terme : ils cherchent des solutions pour la cité. Un militant des JC rappelle fort à propos l'exigence d'un récépissé de contrôle d'identité pour au moins limiter les contrôles au faciès incessants. Ils appellent aussi au calme les quelques dizaines de jeunes qui, sur la passerelle qui surplombe le terrain, sont face à la police. Ils savent trop bien qu'en cas de dérapages ce sont ces images que véhiculeront les médias présents. L'un balance "dans le 93 on est éduqué, on veut donner ici une belle image à la France, on est là pour exiger justice pour Théo". Au loin une fumée noire monte dans le ciel. On saura plus tard que c'est une voiture de RTL qui brule. De nouveaux les organisateurs appellent au calme, à ce que cela cesse, tentent d'improviser une chaîne de service d'ordre. Au final ils appellent à la dispersion au lieu de la marche pacifiste qui devait avoir lieu. La quasi totalité des gens présents essaie de partir vers le métro Pablo Picasso ou dans les rues adjacentes car les lacrymogènes empêchent de discerner les issues. Comme le craignaient les orateurs, le soir ce sont les mêmes images qui passent en boucle : les deux voitures qui ont brulé, des vitrines cassées. Au moins quand les mobilisations contre la loi Travail ont donné lieu à des débordements en marge, montrait-on quand même des interviews de syndicalistes et des images des cortèges pacifiques. Là ceux qui écouteront ou regarderont les TV et radios sauront certes que ces violences ultra minoritaires ont eu lieu "en marge" du rassemblement mais du dit rassemblement de deux heures, des discours et des témoignages on ne saura rien. Invisible. Dommage mais toutes celles et tous ceux qui étaient hier à Bobigny savent qu'un beau rassemblement politique a eu lieu. Et qu'il faut que de telles convergences se poursuivent.

Commentaires

Merci Eric pour ce compte rendu. Bien évidemment les télés ne rapporteront pas les discours des jeunes des cités, alors que c'est cela qui importe.

Merci Eric. Vivement que chacun-e de nous se transforme en média !

Bravo Eric, Bravo à tous vous faite un super boulot une super campagne...!!

Une police inadéquate, une perception biaisée dans les medias. Merci pour la clarté de l'analyse. Merci aussi pour votre ton, votre présence et cette façon d'envisager les choses.