LA GRECE N’EST PAS UN PROTECTORAT ALLEMAND

14 Juillet 2015
DR DR felli Peng.


Mais que s’est-il passé dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 juillet ? Qu’est-ce qui au final a poussé Alexis Tsipras a apposé sa signature en bas d’un texte aux conditions « plus dures que celles négociées avant le référendum du 5 juillet » pour reprendre le qualificatif de Mediapart ? La peur du saut dans le vide après un chantage éhonté au Grexit de la part de Berlin ?  La volonté d’en finir avec un blocus financier qui garrotait progressivement son pays ? Jusqu’alors Alexis Tsipras et son gouvernement ont fait un quasi sans-faute. Il a su rassembler toujours plus de ses concitoyen-ne-s derrière sa politique. Il sait, pour les avoir combattu précédemment avec des arguments qui nous nous sont communs, que les mesures d’austérité sans contrepartie contenues dans cet accord ne sont pas en capacité de relancer l’activité en Grèce. Au contraire… Les libéraux de tous poils glosent sur tous les plateaux de TV : Tsipras serait tout simplement passé du statut de gauchiste invertébré à celui d’homme d’Etat… Comme si seule la soumission au libéralisme valait d’être ainsi acceptés par ceux-là même qui lui sont dévoués corps et biens. Je pense que le rôle de François Hollande n’a pas été mineur. Depuis des semaines, le président de la République explique qu’il est du côté de la Grèce. Il nous a même reçu à l’Elysée le 22 juin (je faisais partie d’une délégation de l’autre gauche) pour nous le dire explicitement au point de soutenir face à nous les refus de Tsipras de toucher aux retraites, à la TVA, au marché du travail (« c’est acceptable » nous a-t-il expliqué). A-t-il du coup gagné progressivement la confiance d’Alexis au point de pouvoir jouer le rôle du Good Cop pour accompagner progressivement ce dernier vers la signature d’un véritable mémorandum 3 ? Le rôle du Bad Cop était lui clairement attribué : Mme Merkel a agité le chantage au Grexit, une sortie de l’Euro non prévu dans les traités doit-on le rappeler, pour en faire ainsi le repoussoir ultime. Celui face auquel valait mieux soi-disant n’importe quel accord que pas d’accord du tout. C’est vrai que la marge de manœuvre de la Grèce, pays moins peuplé que la région Ile-de-France et qui dépend tragiquement des importations, n’est pas celle de la France. Dans la même situation, gouvernant la France, nous aurions un plan B réaliste car s’appuyant sur le poids de la 2ème puissance économique du continent. Il n’en est pas de même de la Grèce. Je n’ai nul désir de joindre pas ma voix à ceux qui, dans notre « camp », crient trahison en parlant  d’Alexis Tsipras. Ils ne voient pas ainsi qu’ils mêlent leur voix à celles de Le Pen et des Sarkozystes trop heureux de dénigrer l’espoir ainsi soulevé. Ce n’est pas Alexis Tsipras le problème. Ce serait confondre bourreau et victime. Le problème c’est Mme Merkel et ceux qui ont soutenu son bras qui tenait le révolver sur la tempe de Tsipras, M. Hollande en tête.  Le gouvernement de M. Tsipras aura résisté pied à pied pendant des mois comme aucun autre gouvernement ne l’a fait et ce dans un rapport de force ô combien inégal. A tel point que je veux encore croire à quelques surprises venant de son côté dans les jours à venir.

S’il appartient aux Grecs et à leur parlement de décider de ce qui est bon pour eux, il nous revient de faire de même pour les intérêts de la France et de l’UE puisque nos députés sont appelés à voter mercredi. Voilà pourquoi il est légitime de donner sa position sur ce texte. Pour notre part elle est sans ambiguïté. Le soutenir serait appuyer un mémorandum N°3 dont le refus a justement permis à Syriza de gagner les élections en janvier dernier.

Passons donc à l’analyse de ce texte.

La Grèce avait mis comme condition de refuser l’intervention du FMI. Dès le préambule on lui impose : « Il s’agit d’une condition préalable pour que l’Eurogroupe approuve un nouveau programme du MES. La Grèce demandera donc que le FMI maintienne son soutien (surveillance et financement) à partir de mars 2016 » 

En page 2 commence l’énumération des mesures d’austérités que la Grèce se doit d’appliquer en une semaine pour valider l’accord.

Avant le 15 juillet (mercredi !) : une réforme des retraites, de la TVA, des « réductions quasi automatiques de dépenses » afin de rentrer dans les objectifs d’excédents primaires.

Pour le 22 juillet, en une semaine donc, on exige notamment une refonte du système de justice civile dans l’objectif, évidemment, de réduire les « coûts ». En une semaine…

En page 3 on s’attaque à la dérégulation du marché du travail : « ouverture des magasins le dimanche » et dérèglementation de plusieurs professions (pharmacies, lait et boulangeries, transports par ferry…), « modernisation » (comprendre dans la novlangue libérale moins de protection pour les salariés) des négociations collectives, de l’action syndicale, des procédures de licenciement collectif. On n’oublie pas non pus les privatisations à commencer par l’électricité.

Au passage il y a ce qui est dans le texte et ce qui en est absent.  Si on y décrit avec forces détails les mesures libérales, il n’y a rien ou presque sur les réformes de l’Etat pourtant revendiquées depuis longtemps par Syriza et balayées par l’Eurogroupe : lutte contre la corruption, taxation des richesses dont les armateurs… Manifestement ce n’est pas cela qui intéressait ceux qui tenaient la plume. Pourtant ils n’en finissent pas de critiquer le manque d’Etat en Grèce.

Le pire est évidemment dans la perte de souveraineté de la Grèce. C’était la raison première de la victoire de Syriza en janvier : refuser le contrôle de la Troïka (appelée « institutions » dans le texte). Elle revient en force.

Il appartient ainsi à la Commission européenne de superviser un programme « de renforcement des capacités et de dépolitisation de l'administration publique grecque » toujours dans l’objectif de réduire les coûts. Autrement dit elle passe sous contrôle européen et on attend avec inquiétude ce que veut dire « dépolitisation ». Si tout cela voyait le jour il ne ferait pas bon être un fonctionnaire anti austérité dans l’administration grecque dans les années à venir.

On peut parler sans exagération de mise sous tutelle : « Le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au Parlement ».

Quand au Fonds censé garantir les prêts qui seront consentis à la Grèce, il est certes localisé en Grèce, et non plus situé au Luxembourg sous la présidence de Mr Schäuble (cette annonce semblait une telle provocation qu’elle apparaît aujourd’hui comme un leurre ayant servi à faire avaliser tout le reste) mais « sous la supervision des institutions européennes concernées ». Cela ne change donc rien.

Viennent les dispositions et phrases que l’on pourrait qualifier de volontairement vexatoires :

Toutes les lois votées depuis février, à l’exception des mesures humanitaires, doivent être annulées.

Si on demande à la Grèce de s’engager fermement à appliquer l’accord, l’autre partie n’est pas pareillement engagée. Il est en effet indiqué que « Les engagements énumérés plus haut correspondent au minimum exigé pour entamer les négociations avec les autorités grecques. Toutefois, le sommet de la zone euro a clairement indiqué que le fait de commencer des négociations n'exclut pas la possibilité d'un accord final sur un nouveau programme du MES, qui devra reposer sur une décision relative à l'ensemble du paquet ». Autrement dit tout pourra être durci de façon unilatérale par la Troîka.

Enfin le texte contraint également le gouvernement Grec à une autocritique aussi dont le rôle est exclusivement humiliant. L’accord explique en effet que « Cela (la situation) est dû au relâchement des politiques au cours des douze derniers mois, quia  entraîné la dégradation récente de l’environnement macroéconomique et financier du pays ». _

A l’inverse l’Eurogroupe est décrit comme ayant toujours agit avec sagesse : « Le sommet de la zone euro rappelle que les Etats membres de la zone euro ont, tout au long de ces dernières années, adopté une série impressionnante de mesures pour soutenir la viabilité de la dette de la Grèce… ». 

Les contreparties ?

Rien ne change du côté du financement accordé aux Grecs. On sait que depuis 2010 les prêts accordés à la Grèce ont servi à 80 % à rembourser les intérêts de ceux même qui ont spéculé sur sa dette souveraine et seulement à hauteur de 20 % aux Grecs eux-mêmes. Il en est quasiment de même.

Car si le texte se contente de « prendre acte » des besoins de financement à moyen terme de la Grèce estimé entre 82 et 86 MDS d’euros et à court terme (il « prend acte » rien de plus pour le moment), il est par contre précis sur les 50 milliards de prêts du MES : « un montant total fixé à 50 milliards d'euros, dont 25 milliards d'euros serviront au remboursement de la recapitalisation des banques et d'autres actifs, et 50 % de chaque euro restant (c'est-à-dire 50 % de 25 milliards d'euros) serviront à diminuer le ratio d'endettement, les autres 50% étant utilisés pour des investissements ». Un quart de celui-ci seulement servira donc aux investissements, le reste allant aux créanciers…

Et l’échelonnement de la dette ? On entre là dans l’hypothétique et conditionnel : « 'Eurogroupe est prêt à envisager, si nécessaire, d'éventuelles mesures supplémentaires (un allongement éventuel des périodes de grâce et des délais de remboursement) afin de faire en sorte que les besoins bruts de financement demeurent à un niveau soutenable. Ces mesures seront subordonnées à la mise en oeuvre intégrale des mesures à convenir dans le cadre d'un nouveau programme éventuel et seront envisagées après le premier réexamen qui aura abouti à un résultat concluant ». Autrement dit pour l’espérer la Grèce devra non seulement appliquer les mesures contenues dans l’accord mais aussi celle d’un nouveau programme que l’on imagine plus drastique encore…

Voilà le nouveau diktat imposé à la Grèce. Il la condamne à l’austérité à durée seulement déterminée par le bon vouloir de la Troïka. Il la place dans le rôle d’un protectorat. Dans l’état chacun sait déjà que ce texte ne sera pas plus tenable que les précédents mémorandums. Il s’agit donc bien d’imposer une défaite politique à un gouvernement et à un peuple qui ont osé soulevé le joug austéritaire. Pas sûr cependant que ce peuple s’avoue vaincu aussi rapidement. Il a, par le passé, lors de l’occupation allemande, contre « ses » colonels, depuis janvier dernier su rappeler que la démocratie était née à Athènes et qu’on sait résister pour la conserver. Plus que jamais il faut donc soutenir le peuple Grec. Cela commence par voter non à l’assemblée nationale mercredi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

D'accord sur tout, en particulier sur le respect du à Alexis Tsipras. Toutefois il ne faut pas négliger l'explication fournie par Yanis Varoufakis quant à sa surprenante démission au soir de la victoire du non. Deux lignes se sont opposées, celle d'une stratégie du "compromis" défendue par Tsipras (probablement sous influence Hollande) qui l'a emporté sur une volonté offensive dans l'établissement d'un rapport de force avec le gouvernement Allemand telle que proposée par Varoufakis. Pour la suite à voir, tout en soutenant nos camarades de Syriza (mais lesquels?).

Bonjour, L'analyse de l'accord signé par Tsipras, je peux le soutenir, mais faire comme si Tsipras n'y était pour rien n'est pas recevable. En effet, dès le soir du Référendum, il a demandé "gentiment" à Varoufakis de céder la place pour avoir le champ libre pour signer, c'est comme si nous acception que Hollande n'ai pas tenu son engagement de revoir le Traité Européen, ou Sarkosy d'avoir transformer, en Oui, le Non du Peuple français...!! Tsipras est un homme politique qui sait très bien ce qu'il a fait, car signer un accord pire que celui pourquoi les Grecs ont dit NON ! 7 JOURS PLUS TARD !! est à minima à analyser comme une erreur gravissime de sa part. Je pense même " plus " que la première signature de Papandréou il y a quelques années, car il avait l'accord de son Peuple pour ne pas signer, son programme et le fondement politique même de Siryza le lui interdisait. Je suis pour que Tsipras, avec son Gouvernement démissionne et laisse la place à ceux de leurs militants qui ne cèderont rien... Je suis content que JL Mélenchon et le PG tienne ce premier discours de rupture, mais comme le dit MAFFEIS dans son dernier éditorial, cette Europe là on ne peut plus rien en faire, elle est irréformable...le PG doit le plus tôt possible militer pour le "PLAN B" (voir Congrès), car ceux qui auront une chance de gagner en 2017 seront ceux qui oseront dire " OUI " à la SORTIE de cette Europe, en rejoignant pour le moment les BRICS, et en parallèle en mettant en oeuvre une 6ème République par une Constituante...

de ce que je comprends nous avons un peu d'avance sur le démantèlement de notre vie quotidienne et tout cela sur l'autel du libéralisme la Grèce quant à elle n'est pas sortie de l'auberge et Tsipras il va falloir une sacrée de dose de courage pour affronter ses détracteurs et ses camarades je suis déçue du résultat surtout pour ses compatriotes qui vont encore souffrir pendant que nos gouvernants se goinfre !!

Je comprends la modération des propos des représentants de l'autre gauche qui ne peuvent pas s'exposer à la vindicte médiatique servile. Mais considérer que la Grèce a été mise sous tutelle et sous protectorat du FMI est bien trop modéré quand on mesure les conséquences de cet accord. La tutelle est un régime d'exception destiné à assurer la vie d'une personne qui se met elle même en danger. La tutelle suppose un juge des tutelles chargé de surveiller les agissements du tuteur. Or en l'espèce ce n'est pas la Grèce qui se met en danger toute seule mais la Troïka qui n'a eu de cesse de la mettre en danger. Par ailleurs, non seulement le "tuteur" n'est pas contrôlé mais en plus il a les mains libres pour tuer celui dont il est charger d'assurer l'existence. La colère n'est jamais bonne conseillère mais je ne représente que moi même et je n'ai pas de mandat pour prendre des décisions au nom d'électeurs. Je peux donc me permettre d'exprimer ouvertement ma colère et aller au bout des choses. L'Allemagne à travers son gouvernement Merkel-Schäuble tente une nouvelle fois ce qu'elle a déjà tenté à trois reprises par le passé et qui nous a couté trois guerres : la destruction de l'Europe pour constituer la Grande Allemagne appuyée par les multinationbales qui vont très rapidement dépecer la Grèce (Deutche Telecom est déjà sur les rangs pour acquérir à vil prix OTE, l'opérateur public des télécommunications grec). Même si les moyens pour y parvenir sont économiques il n'en demeure pas moins que c'est une déclaration de guerre non seulement contre la Grèce mais aussi une menace d'extension de la guerre contre les autres pays européens qui ne se soumettront pas au diktat de l'Allemagne. Incorrigible elle mord la main qui l'a secourue en 1953. Certes il appartient aux députés de l'autre gauche française de voter contre cet accord mais Il appartient surtout au peuple allemand de manifester son désaccord contre cette violence que leur propre pays inflige à la Grèce, ce coup d'Etat, cette déclaration de guerre. Ils ne peuvent pas se cacher derrière l'Eurogroupe, ce serait de la lâcheté. Die Linke doit se surpasser pour faire entendre en Allemagne le désaccord commun à toute l'autre gauche européenne. Si leur parlement approuve cet accord sans que le peuple ne réagisse c'est qu'il approuve cette aggression. Dès lors l'Allemagne en tant que nation et son peuple seront responsables et coupables de la catastrophe dans laquelle va être immanquablement plongée la Grèce. Je ne verrais plus aucune raison de rester dans la même famille européenne dominée par des tortionnaires.

Il aurait dû être ferme jusqu'au bout quitte à faire exploser cette Europe pourrie de la finance et se tourner vers le BRICS, de quoi mettre un temps au tapis ces banquiers faiseurs de crises. Maintenant que va faire le parlement grec, voter ce texte ordurier ? Tsipras va demandé de l'approuver puisqu'il l'a signé... incompréhensible. Tsipras va y laisser des plumes, dommage.

Tristesse partagée, rien à redire à cette analyse. Mais je crois aussi qu'on pourra bientôt mesurer à quel point, grâce à la Grèce et à ses dirigeants, la démocratie aura avancé en Europe.

D'accord avec presque toute votre analyse, à ceci près: "Je n’ai nul désir de joindre ma voix à ceux qui, dans notre « camp », crient trahison en parlant d’Alexis Tsipras. Ils ne voient pas ainsi qu’ils mêlent leur voix à celles de Le Pen et des Sarkozystes trop heureux de dénigrer l’espoir ainsi soulevé. Ce n’est pas Alexis Tsipras le problème. Ce serait confondre bourreau et victime." me semble être plus qu'une dramatique erreur d'appréciation. Dire qu'il s'agit d'une trahison de la voix populaire qui s'est exprimée par le NON à presque 62% n'est pas mêler sa voix à celle des lepenistes ou des sarkozystes, c'est faire entendre avec des mots crus et drus la malheureuse réalité de celui qui dans le "meilleur" des cas a failli et, est tombé et n'a pas résisté parce qu'il était trop accroché idéologiquement à son refus à tout prix de sortir de l'euro, voire de l'Union Européenne. J'avais jusqu'à présent suivi avec enthousiasme les tentatives du PG de faire émerger et vivre une vraie nouvelle gauche. Si, fort des leçons de la situation grecque, le PG n'acte pas cette impossibilité de faire vivre un gouvernement et un peuple réellement souverain dans le cadre de l'UE alors ce sera sans moi. Il ne peut y avoir aujourd'hui d'autre issue et d'autre première mesure que la secession d'avec l'UE

Le problème est que la Grèce n'avait pas préparé sa sortie de l'euro et que cela ne se fait pas en claquant des doigts. Lorsque nous sommes passés à l'euro cela a demandé énormément de préparation : reformater les logiciels, envoyer la nouvelle monnaie dans toutes les iles. Sans compter que la dette grecque est remboursable en euro. Sans doute Tsipras a commis l'erreur de sous estimé la volonté de le faire tomber mais c'est plutôt le moment de le soutenir que de lui jeter la pierre. La Troïka n'attend qu'une chose que son gouvernement tombe pour le remplacer par un gouvernement de technocrates.

Je suis persuadée que le pistolet sur la tempe de Tsirpas n'était rien par rapport à la canonnière d'Obama pour lui interdire de sortir de l'euro (sa camisole de force). Le retour des colonel si la Grèce quitte l'euro! Les USA ne sont pas près de lâcher la Grèce, et surtout pas de la laisser partir vers Poutine!