Le Front de gauche a une nouvelle boussole

Fdg

J’inaugure là mon nouveau blog. Je n’avais pas eu le temps depuis des mois de remplir l’ancienne version de mon blog, peu pratique il est vrai. En cette nouvelle année, j’ai donc pris de bonnes résolutions : j’ai pris l’engagement de davantage d’assiduité. Et on verra si mes taches militantes, mon mandat d’élu et mes occupations professionnelles me le permettront dans la durée. Mais le texte que je souhaitais présenter aujourd’hui mérite assurément d’inaugurer ce blog.  « Imposer une alternative à l’austérité », tel est son nom, n’est rien de moins que le document d’orientation du Front de Gauche pour les mois à venir.

Revenons d’abord sur sa genèse. Depuis novembre, une commission comprenant un représentant de chaque composante du Front de Gauche s’est vu en effet déléguer la tache d’élaborer un texte d’orientation stratégique par la coordination nationale. Nous nous sommes ainsi retrouvés plusieurs fois par semaine  avec Marie-Pierre Vieu, pour le PCF, Danielle Obono et Jean-claude Mamet, se relayant pour Convergence et Alternative, Pierre Gayral (Les Alternatifs), Pierre Cours-Salies (FASE), Alain Faradji (GU), Ingrid Hayes (GA), Christian Pierrel (PCOF), Michel Jallamion (R&S). Je vous indique ces noms car l’histoire du Front de Gauche, c’est aussi les contributions et les efforts personnels mis par des hommes et des femmes pour avancer et franchir des étapes. De prime abord celle-ci n’était pas la plus aisée. Tout l’automne les médias ne nous racontaient-ils pas divisés sur notre analyse du gouvernement, les élections à venir, ce qu’il convenait de faire, notre ambition ? Et j’en passe. Et les responsables socialistes, jusqu’au premier en titre, de renchérir au moyen de ficelle si grosse qu’elle ressemble à la corde avec laquelle ses dirigeants rêvent manifestement d’étrangler le Front de Gauche : il y aurait le gentil PCF et son secrétaire national Pierre Laurent et le méchant Jean-Luc Mélenchon (pour mieux nous jouer la fable d’un homme seul reprise par Cahuzac, vous observerez que dans notre cas on oublie toujours d’évoquer le PG et ses 12 000 adhérents). Et comme la machine a du mal à embrayer, ces mêmes dirigenats socialistes n’hésitent à aller plus loin : « les communistes devraient se souvenir qu’ensuite il y a les municipales » (variante se voulant plus optimiste et en apparence aimable mais dégoulinante de certitude méprisante : «  les communistes reviendront bien sûr au principe de réalité »). Seulement voilà, loin de nous éloigner, tout cela nous a encore davantage rapproché. Il est ainsi difficile de ne pas s’apercevoir que depuis quelques semaines nos discours convergent en accéléré. Il n’y a pas meilleure réponse au chantage. A la conférence de presse du lancement de la campagne « l’alternative à l’austérité c’est possible », des journalistes ont beau reposer plusieurs fois la même question, les réponses des responsables du Front de Gauche s’accordent. Pierre Laurent rappelle tous les votes de refus des textes gouvernementaux à l’assemblée nationale et au Sénat pour asséner : « nous sommes clairement opposés à cette politique et nous avons des propositions alternatives qui correspondent à ce que veulent une majorité de ceux qui ont voulu le changement au printemps dernier ». J’ai cherché cette phrase le lendemain dans la presse et ne l’ait retrouvé que dans l’Humanité. Dommage que d’autres quotidiens, ceux même qui nous demandent sans cesse depuis des mois si l’idée de s’opposer  « à la politique du gouvernement » ne nous divisait pas, n’aient pas cru bon la noter avec attention. Aujourd’hui, en lisant notre texte stratégique, ils vont pouvoir se rattraper. Car rarement le Front de Gauche n’aura parlé d’une voix aussi cohérente et fluide.  Il faut savoir que le Front de gauche a produit peu de texte d’orientation stratégique depuis sa création. Le dernier datait du 1er avril 2011. Il fixait un cadre pour les élections présidentielles et européennes. Cette rareté dit l’importance de tels textes. Pour y avoir également largement contribué, pour le PG, je sais que le texte de 2011 autorisait pas mal de doubles lectures possibles. C’était normal puisque la période qu’il traitait était encore largement à écrire. Nous ne bénéficions pas alors de la validation par les faits, la campagne présidentielle et l’attitude des différentes forces en présence n’étant encore que pronostics. Même étayés sur une analyse sérieuse cela ne suffit pas à s’imposer comme vérité aux autres. Un exemple pour bien me faire comprendre : nous avions à cette époque de larges débats entre nous pour savoir s’il fallait mettre en avant la proposition de débats publics avec les socialistes avant même d’entrer en campagne. Ceux de nos camarades au FDG qui défendaient cette nécessité voulaient ainsi mettre cette question au cœur de la campagne : sur quelles mesures d’urgence la gauche devrait-elle s’entendre pour répondre aux attentes populaires ? Ou quelque chose d’approchant. Ce débat ne manquait pas d’intérêt mais il a été résolu en trois coups de cuillère à pot par François Hollande ! Ce dernier n’aura eu de cesse, dès le début de sa campagne, d’annoncer que tout le monde était bienvenu dans son gouvernement mais sur son programme et rien que sur son programme. La grande question des débats publics devenait  caduque, l’un des joueurs ayant déclaré forfait. On voit donc que si nous avions connu le film avant d’écrire son scénario supposé, nous aurions gagné du temps et certainement produit un texte encore plus limpide.

Fort de cette expérience, nous n’avons cette fois pas recommencé. Il est vrai aussi que nos étions moins pressé par le temps à l’aube de la nouvelle période qui s’ouvrait pour le Front de Gauche après l’élection de François Hollande. La première fois que nous avons discuté de la nécessité d’un texte stratégique, c’était fin juillet 2012. A l’époque nos camarades du PCF avançaient l’objectif de « faire réussir la gauche ». Au Parti de Gauche, nous ne nous retrouvions pas dans ce slogan qui laissait supposer que nous voulions faire réussir la politique du gouvernement. Or il avait déjà pris des décisions – dont celle fondatrice d’accepter le Traité Merkozy sans en changer une seule ligne – qui, pour nous, devaient nous conduire à éviter d’être assimilés à sa politique. Notre approche différait donc sensiblement. Mais de part et d’autres, nous avons alors convenu que ce n’était pas la peine de se crisper sur des compromis difficiles et que mieux valait attendre quelque mois supplémentaires pour vérifier la pertinence de nos pronostics. Les faits, têtus comme chacun sait, et la politique du gouvernement ont tranché. De TSCG en pacte de compétitivité, de budget d’austérité en approbation complice de l’accord sur l’emploi voulu par le MEDEF, nous nous sommes donc retrouvés en ce début d’année sur notre opposition commune à cette politique et la nécessité de construire une « majorité alternative » comme il est dit dans le texte.

« IMPOSER UNE ALTERNATIVE A L’AUSTERITE » adopté par la coordination nationale du Front de Gauche ce 28 janvier fera date. Il est à lire dans son ensemble car, comme souvent dans ce genre d’exercice, chaque phrase a été pesée. A neuf organisations, les discussions peuvent parfois s’allonger sur un mot. C’est l’exercice du genre. Mais justement, et c’est là la grande et bonne nouvelle pour le Front de Gauche,  le résultat ne diffère pas d’un texte d’orientation qui aurait été adopté par le même parti : analyse de la période, ligne proposée, vocabulaire et mots clefs employés qui valent autant de concepts aujourd’hui communs : ce texte est d’une rare homogénéité.  Un peu plus de cinq ans après sa création le Front de Gauche n’est certes pas un seul parti mais on voit ainsi qu’il est bien plus qu’une alliance. Je l’ai dit, découvrir sa cohérence impose sa lecture complète. Mais je ne résiste pas au plaisir pour conclure cette note de livrer quelques extraits qui, de mon point de vue, révèlent le plus cette convergence de vue.

J’ai assez dit combien l’analyse de la politique du gouvernement y est claire : « Face aux choix de l’austérité et du renoncement, nous entendons opposer ceux de la solidarité, de la démocratie, un nouveau type de progrès humain et  écologique Cela implique de créer les conditions politiques pour que le peuple s’en mêle et de construire les rassemblements populaires et majoritaires pour les imposer ». Puis, plus loin, « aujourd’hui le gouvernement applique une politique social libérale assumée » qui le conduit  dans cette « spirale infernale des politiques qui, menées dans d’autres pays européen, ont conduit à l’échec entrainant la régression sociale et la précarisation de masse ». 

C’est clair, net et sans détours. Le positionnement et les responsabilités du Front de gauche le sont tout autant :  « Nous nous revendiquons de la majorité populaire qui a permis de chasser Nicolas Sarkozy (…) Pour autant, nous avons indiqué dès le départ que nous ne nous retrouvions pas dans la majorité présidentielle et gouvernementale formée autour des 60 engagements du candidat F. Hollande, qui ne constituaient pas une réponse à la hauteur de la crise, en France et en Europe » 

La suite ?  « Nous n’attendrons pas 2017. Le Front de Gauche doit être à la hauteur des espoirs placés en lui. Dans la nouvelle période qui s’est ouverte,  le Front de gauche veut être actif et réactif. Il doit être capable de s’adresser aux classes populaires pour faire la démonstration qu’une politique alternative à l’austérité est possible à gauche et qu’elle peut être majoritaire. C’est une condition pour faire exister au plus tôt une majorité permettant de mettre en œuvre des mesures alternatives. » L’enjeu est résumé est peu de lignes : « La politique du gouvernement Ayrault conduit à l’échec. C’est une raison de plus de s’opposer à cette politique. En effet, nous ne nous résignons pas à ce que la droite extrémisée voir l’extrême droite représentent à terme l’alternative. Pour cela, le Front de Gauche entend, dans les mobilisations et les élections à venir, œuvrer à des solutions de gauche  immédiates  face à la crise, et à la construction d’une politique et d’une majorité alternative. »

Majorité alternative dont nous décrivons la méthode d’élaboration : « Le Non au TSCG a déjà constitué un premier indicateur de cette majorité potentielle. Nous nous adressons à toutes celles et ceux qui, à gauche, quelles que soient leur préférence et appartenance politique, veulent agir et ne se retrouvent pas dans les choix d’austérité du gouvernement. Nous savons déjà que des convergences sont possibles avec des secteurs, des militants et des responsables socialistes et EELV, et plus largement avec l’ensemble de celles et ceux qui aspirent au changement. Nous nous adressons donc fortement aux militants associatifs et syndicaux. Nous nous tournons également vers les courants issus de l'écologie radicale et de l'extrême gauche qui partagent cette démarche.  Nous voulons ainsi donner plus de force et de poids encore aux idées antilibérales et anti-productivistes.  Nous sommes prêts à débattre fraternellement, à agir ensemble, à mener des campagnes, mêmes sur des points partiels. Nous voulons un Front de Gauche capable d’impulser un rassemblement majoritaire et donc ouvert.

 C’est la condition pour qu’un véritable gouvernement au service du peuple et de ses besoins sociaux et environnementaux puisse être constitué en France. Un gouvernement qui inverse enfin le cours mortifère des politiques d’austérité qui enfoncent toute l’Europe dans la récession et dans la pauvreté. Un gouvernement qui mène une politique internationale au service de la paix et de solidarité entre les peuples, à l’inverse des politiques d’agressions et de domination »

 Pour cela nous assumons ensemble l’ambition de faire émerger « un front du peuple qui s'adresse et rassemble  toutes celles et tous ceux qui, dans les classes populaires, parmi les salarié-e-s, la jeunesse, se sont rapprochés de nous pendant la campagne, qui s’en rapprocheront, veulent reprendre la parole avec le Front de Gauche.  Un Front du peuple qui s'adresse plus largement à tous ceux et celles qui, quelqu'ait été leur vote en mai et juin dernier, veulent continuer le combat pour une véritable alternative à la logique du système capitaliste »

Enfin après, avoir rappelé l’importance des mobilisations et décrit notre feuille de route pour 2013 – batailles unitaires, campagne « l’alternative à l’austérité c’est possible », mobilisation contre le vote au parlement de l’accord du Medef et interpellation forte des députés de gauche pour qu’ils ne le transcrivent pas dans la loi – nous ne laissons pas de côté la question des élections municipales et européennes. Même si nous renvoyons à d’autres discussions dans le Front de Gauche le soin de définir « Les formes concrètes des rassemblements permettant de réaliser ces objectifs », nous affirmons que ‘l’Urgence de rompre avec les politiques d'austérité traversera les municipales. « Lors de ce scrutin, le Front de Gauche sera à l'offensive et  souhaite  faire élire un maximum d’élus défendant les positions du Front de gauche. Nous voulons infliger une nouvelle défaite à la droite et faire reculer l’extrême droite. Nous voulons faire de cette  élection et des prochaines municipalités des points d’appui pour refuser la logique d’austérité du gouvernement, l'asphyxie des collectivités. Nous voulons mettre en œuvre des politiques communales pour le développement du service public et de toutes les personnes les plus touchées par la crise, impulser des radicalités concrètes, favoriser un nouveau développement de la démocratie  active, mettre en place des politiques écologiques audacieuses dans les villes comme à la campagne ». La boussole est donc solidement arrimée sur le pont du bateau. 

Une boussole qui sert également à décrire notre approche stratégique des Européennes : « Le Front de Gauche est pour une grande part l'émanation des forces qui se sont opposées au TCE au Traité de Lisbonne puis au TSCG. Nous dirons qu’il faut plus que jamais sortir des diktats de ces traités. Nous défendrons notamment le contrôle démocratique de la BCE et un profond changement de ses missions au service de l’emploi, de l‘industrie et la transition écologique, la rupture avec la politique de l’euro fort et une harmonisation fiscale et sociale par le haut. Nos propositions en matière européenne inscrites dans l’Humain d’abord sont plus que jamais d’actualité face à la construction libérale de l’UE. Elles favorisent des nouvelles convergences possibles avec les syndicalistes, militant-e-s des droits civiques, sociaux, et écologiques, du mouvement progressiste européen, militants et responsables d' EELV et de l’aile gauche du PS. Des alliances sont possibles pour des propositions alternatives à la logique du capitalisme financiarisé et du productivisme en France comme en Europe où nous entendons également renforcer nos liens avec les forces de la gauche antilibérale européenne »

L’enjeu national se résume en une phrase : « Dans ce scrutin à la proportionnelle, et peut-être sur une seule circonscription nationale ce qui serait souhaitable, le Front de gauche entend s'engager dans ce scrutin avec de grandes ambitions : celle de bousculer le rapport de force à gauche en notre faveur étant essentielle. ».

La conclusion du texte est du même tonneau. Elle coule de source sans circonvolutions parfois propres aux textes d’accord politiques.  Je cite : «  Nous avons donc, en tant que Front de gauche, un rôle historique : rassembler pour construire une alternative de gauche rompant avec les logiques libérales et social libérales.  Cet objectif est non seulement un enjeu important pour la France mais aussi pour l’Europe. Car nous sommes persuadés que si la rupture intervient en notre faveur dans un pays, elle sera au moins aussi contagieuse que l’austérité que nous subissons tous.

L’histoire nous a montré que les périodes de crise et de récession que nous vivons ont toujours engendré des bouleversements. Quelle sera l’issue de cette crise ?  Une régression civilisationnelle ou la révolution citoyenne ? »

Le tout dernier mot revenant au peuple : « Il n’y a aucune fatalité à l’austérité et à la résignation, les peuples peuvent changer leurs destins. Une autre politique est possible et elle peut être majoritaire. Plus que jamais nous nous mettons au service de cette ambition. Place au peuple ! »

Voilà je vous laisse à la lecture du texte complet qui est en pièce jointe sur le blog. Avec la campagne contre l’austérité marquée par un meeting réussi à Metz, un texte fonctionnement du Front de Gauche sur lequel je reviendrai dans ce blog et ce texte stratégique mais dont je peux déjà dire qu’il met l’accent sur la nécessité d’une implication citoyenne à travers le développement des assemblées citoyennes et des Fronts thématiques, je trouve que l’année 2013 commence bien pour le Front de Gauche.