TRIPARTISME FICTIF

25 Mars 2015
DR Cette gauche qui soutient Syriza et s'oppose à Valls ! Crédit : Patrice Gravoin

MON EDITO DE LA SEMAINE POUR LE PG

Depuis dimanche soir, montage à l’appui des photos de Valls, Sarkozy, Le Pen côte à côte, on nous vend le tripartisme. La vie politique français se résumerait donc à deux libéraux (un de « gauche », un de droite) et une « facho ».

Incontestablement la droite a gagné cette élection en étant unie.  Incontestablement le FN a consolidé son implantation. Mais l’image d’une gauche rassemblée derrière Manuel Valls est évidemment une arnaque. Il n’y a pas un bloc « de gauche » derrière le PS.

L’arnaque aux étiquettes

Cette manipulation n’a rien de spontanée. Elle a même été préparée de longue date. Face à un nouveau mode de scrutin, le Ministère de l’intérieur avait  la latitude de classer de différentes manières un binôme lorsqu’il était composé de candidats de deux partis différents. En choisissant arbitrairement de les étiqueter « Divers Gauche », quels qu’ils soient, voir même « Union de la Gauche » dans certains cas, il a pris une décision politique. D’autant que le FDG et EELV s’étaient adressés officiellement à lui pour demander qu’il en soit autrement pour nos binômes communs. Refus.

L’objectif poursuivi ? Il s’agissait de réduire dimanche soir l’échec du PS et d’effacer du tableau toute trace d’alternative à gauche. Si on en croit le Ministère, le FDG atteindrait ainsi 6,09 % et EELV 2% contre un PS « et ses alliés » (dixit) à 21,85 % (nul n’a noté par ailleurs que les binômes exclusivement socialistes n’atteignent que 13,70 % des suffrages exprimés, la catégorie Union de la Gauche étant additionné sans discussion au résultat du PS). Les DVG, souvent enrôlés derechef sous le drapeau de la majorité gouvernementale, sont eux estimés à 6,81 %.

Les vrais résultats du Front de Gauche

La réalité est toute autre puisqu’au moins 30 % des candidats FDG, ceux partis en commun avec EELV, sont camouflés dans DVG. En réalité, 9,4% des électeurs ont voté pour une liste soutenue par le FDG (11,9% si on les rapporte aux seuls cantons dans lesquels ils étaient présent comme le montre l’étude électorale de Roger Martelli dont le lien est en bas de page). Soit le meilleur score du FDG en dehors de la Présidentielle, meilleur que les 8,9 % obtenus aux cantonales de 2011 dans la moitié des cantons français, et beaucoup mieux que les 6,33 % des Européennes. Ajoutons, pour être précis, qu’une partie de nos candidats ont même été classés en Union de La Gauche dont le résultat, on l’a vu, est rentré directement dans l’escarcelle socialiste ! La conséquence de tout cela ? Non seulement il cache notre rebond mais il augmente d’autant le score du PS et de ses alliés.

En réalité, le PS a connu une nouvelle sanction alors que le FDG, lui, progresse sensiblement.

Première raison ; à l’inverse des Municipales, il s’est engagé sur une stratégie nationale d’autonomie claire vis à vis du PS. Il a du coup évité, en prime, les divisions qui ont pollué les élections européennes. L’électorat ne vient pas au secours d’un canard boiteux. Cette fois, il a jugé du coup utile de se déplacer davantage d’autant que les choix étaient clairs (la dispersion de liste étant très limitée, les électeurs ont souvent eu le choix à gauche entre deux listes : celle de la majorité gouvernementale face à celle de l’opposition de gauche). Plusieurs candidatures ont profité de cette « prime à la clarté » comme celle de Claude Chaidron et Dolorès Esteban, pourtant seulement soutenue par le PG et Ensemble, qui se retrouve face au FN au 2ème tour à Amiens 1 après avoir éliminé celle défendue par le PS.

Cela ne règle pas toutes les questions, c’est notamment insuffisant pour parler d’alternative mais dans un contexte général de ressac et de victoire de la droite, il s’agit d’un point d’appui sur lequel on peut espérer rebâtir. Après l’échec des Européennes c’est une satisfaction dont nul ne se plaindra.

Le rassemblement avec EELV cela marche

D’autant, et c’est le deuxième élément de satisfaction, que le rassemblement avec EELV, et parfois Nouvelle Donne, dans 448 circonscriptions a marqué des points. Il enregistre une  moyenne de 13,6 %. Un résultat d’autant plus intéressant qu’obtenu sans aucune visibilité ni identifiant national. Cela a évidemment affaibli à son impact dans une élection où les critères nationaux ont pris le pas sur tout autre. Pour preuve, ce résultat augmente dès lors qu’il y a eu une cohérence de liste sur tout un  département - 17,67 % en Ariège, 16,72 % en Lozère,  16 % en Haute-Vienne par exemple – et plus encore sur une ville : 19,25 % à Lille, 19,6 % à Poitiers, 15,83 % à Toulouse, 29 % à Grenoble. Cela confirme l’efficacité encore plus grande de cette association politique dans les centres urbains.

La prime aux démarches citoyennes et aux dynamiques militantes

Les rassemblements élargis prouvent donc leur utilité électorale. Mais ils entrainent d’autant plus d’adhésion qu’ils correspondent à de nouvelles pratiques militantes et à une volonté de déclencher et entretenir une véritable implication citoyenne dépassant les seuls cadres partisans. Quelles qu’en soient, à ce stade, les modalités opérantes. Cela fonctionne par exemple quand le FDG s’est engagé dans un tel processus depuis longtemps. A l’exemple de la Creuse (point de départ de « Limousin Terre de Gauche ») avec une moyenne de 14,94 % dont une pointe à 28,8 % ou des Alpes-de-Haute-Provence où dans quatre circonscriptions les résultats culminent à 22, 28, 25, 26 % ! On l’a vu plus haut, cela a de nouveau fonctionné parfaitement à Grenoble, où l’articulation entre unité des partis et démarche citoyenne, exemplaire aux Municipales, permet d’être au 2ème tour dans 3 des 4 cantons de la ville. Dans la Drôme, le même type de démarche a permis, par une alliance du FDG dans son ensemble et d’EELV, de qualifier ses binômes au 2ème tour à Dieulefit et dans le pays Diois. C’est un processus comparable qui explique les succès de Poitiers ou Lille où pourtant le rassemblement FDG / EELV n’était pas écrit à l’avance ou encore à Clichy-la-Garenne avec plus de 15% des voix. Même bonus évident là où des démarches de type « majorité citoyenne », se sont appuyées sur des assemblées citoyennes souveraines : à Toulouse, Alternative Citoyenne obtient 15,87 de moyenne (malgré des listes concurrentes du PCF), dans le Jura les résultats s’étalent entre 10 et plus de 20 % dans plusieurs circonscriptions pourtant difficiles pour la gauche ou encore l’Aveyron avec 15,22 % sur 19 cantons dont celui de Rodez - Onet qui voit notre CG sortant, M. Jean-Louis Roussel, au 2ème tour avec 23,86 %.

Il se sera donc passé quelque chose finalement à ces élections du côté de l’Autre gauche. On espérait quelques bonnes surprises, les listes que nous soutenions ont fait mieux, démontrant une disponibilité de l’électorat dès lors qu’elles se révèlent crédibles et utiles.  Le résultat est meilleur en cas de rassemblement plus large et encore plus satisfaisant lorsque ces candidatures s’appuient sur une dynamique citoyenne et militante. C’est cette démarche, complémentaire, qu’il faudra entretenir à l’avenir ce qui évidemment doit interpeller non seulement les partis du FDG mais aussi nos potentiels partenaires dont au premier plan EELV mais aussi Nouvelle Donne ou le NPA. Il faudra faire preuve d’audace si, pour déjouer un contexte global pour le moment mauvais, on veut ramener une partie des abstentionnistes dans l’action politique. Car, pour finir, si malgré tous les pronostics, la participation a été meilleure que prévue (en hausse de 5 points par rapport aux Européennes et Cantonales 2011), elle reste le phénomène politique premier notamment dans les départements et quartiers populaires (un tiers de participation dans le 93). Or rien ne sera possible sans le retour, là aussi, du peuple aux affaires.   

Le deuxième tour

Les élections ne sont bien sûr pas terminées. Leur physionomie prendra tout son sens dimanche prochain. D’ici là, il nous faut se mobiliser autour de nos candidats pour faire élire le maximum de conseillers départementaux de résistance. Ils seront utiles. Comme sera évidemment précieux de conserver les départements gérés par le FDG tel le 94 dont les habitants auront plus que jamais besoin d’un bouclier social contre la politique d’austérité du gouvernement.

Pour le reste, le PG a décidé de ne pas donner de consignes de vote. La droite est menaçante mais la seule responsabilité est du côté de l’Elysée et de Matignon. Plus que jamais, pour l’avenir, la situation réclame une grande lisibilité. Dans ce cas, le traditionnel désistement républicain n’a guère de sens quand des candidats « de gauche » soutiennent un gouvernement qui fait une  politique de droite. Ce sera donc aux candidats du PS de convaincre nos électeurs de l’utilité de voter pour eux contre la droite. Il n’est pas sûr que laisser à Manuel Valls le soin de mener la campagne leur facilitera le travail. Toutefois, en adversaire le plus résolu du FN et des valeurs d’extrême-droite, nous appelons à faire barrage contre ce parti. Un appel qui ne concerne pas les duels avec l’UMP qui banalise le FN à force de tirer un trait d’égalité entre lui et le FDG et de recycler une partie de ses valeurs.

Au delà de cette prise de position nationale, nous laissons aussi le soin aux véritables collectifs (assemblées citoyennes ou autres) qui se sont constitués autour des candidatures d’affiner leur position pour le 2ème tour. Vouloir l’implication citoyenne c’est aussi laisser aux citoyens et/ou militants qui se sont impliqués dans la compagne, leur souveraineté collective sur ce type décision.

 Note : l'analyse de Roger Martelli http://www.regards.fr/web/article/departementales-front-de-gauche-la


Commentaires

À Marseille, il y a déjà Ravier et pour les instances régionales 11élus FN....je ne peux pas laisser les Bleus Marine faire plus de dégâts au niveau des décisions départementales alors pour mon canton qui connaît un ballotage favorable au FN, désolée, mais ce sera un vote UMP de barrage car quoiqu'il en soit rien n'est aussi dangereux que le FHaine aux commandes de l'avenir des collégiens et des personnes âgées.....NOT IN MY NAME !

Je n'ai pas encore terminé la lecture de cet intéressant article, car je me suis trouvé arrêté par la cause suivante. Dans le paragraphe "Les vrais résultats du Front de Gauche", il est écrit : "... (11,9% si on les rapporte aux seuls cantons dans lesquels ils étaient présent[s] comme le montre l’étude électorale de Roger Martelli dont le lien est en bas de page)". Curieux de savoir si cette étude s'était attachée à donner ce type de pourcentage (rapporté aux seuls cantons dans lesquels ils étaient présents) pour tous les partis présents à cette élection, j'ai voulu me reporter à ce lien. Je le cherche encore. Cette omission ne tardera pas sans doute à être réparée, car sinon comment comparer ce qui est comparable ? Amicalement, L. A.

Sur une tablette Android, le lien n'apparait pas, il faut cliquer dans "affichage bureau" à partir du menu trois points en haut à droite pour que tout fonctionne correctement.

Le lien a finalement été ajouté, toutefois la comparaison avec les autres partis n'est pas évoquée par "l’étude électorale de Roger Martelli", qui se trouve sur le site de la revue "Regards" de Clémentine Autain. Il aurait pourtant été intéressant de connaître également les pourcentages rapportés "aux seuls cantons dans lesquels ils étaient présents" des votes FN par exemple, ou encore EELV, voire PCF.

C'est à voir. L'UMP et le FN étant devenu pratiquement des frères jumeaux à égalité parfaite au niveau du nombre de dérapages racistes, homophobes ou sexistes.

Merci Mr Coquerel pour cette explication de texte. Deux cas de figures me posent question,le premier concerne le deuxième canton de Montpellier avec un binôme FDG/EELV qui, dans les résultats du Ministère de l'Intérieur, apparaît sous l'étiquette BC VEC (c'est-à-dire EELV). L'autre cas est celui de L'Isle-sur-la-Sorgue qui est identique. Donc pas comptabilisés en DVG mais bien en EELV. Pour ces deux cas particuliers, ont-ils été reconsidérés et si tel est le cas dans quelle catégorie? Merci et Fraternellement à tous.

http://www.regards.fr/web/article/departementales-front-de-gauche-la Le travail concerne les listes de partis du FG + EELV + NDonne Pas les partis autres genre UMP par exemple. Le but était de savoir les chiffres réels dans le bidouillage éhonté préparé par ce gouvernement. Lire ce texte de Corinne Morel Darleux dans Facebook AVIS Dans la Drôme, là où nos listes font leur plus haut score le FN est au plus bas. Là où on n'a pas de candidats de l'alternative de gauche, le FN est au plus fort. Die : alternative FdG EELV 23% ; FN 13% Dieulefit : alternative FdG EELV 23% ; FN 23% Crest : alternative FdG EELV 16% ; FN 22% Valence 3 : alternative FdG EELV 17% ; FN 21% Et les deux cantons où nous ne présentions pas de candidats Grignan et Tricastin le FN est à 38% et 37%. Merci de cesser les discours de paravent. Ce qui fait monter le FN n'est pas l'alternative de gauche, bien au contraire.

C'est le choix de l'électeur qui peut suivre ou non des consignes. Je comprends le dilemme. Pas simple ! :-) Il n'en demeure pas moins que la position du PG est parfaitement correcte.

"Ce sera donc aux candidats du PS de convaincre nos électeurs de l’utilité de voter pour eux contre la droite." : existe-t-il un seul argument d'un candidat PS de nature à convaincre un membre de notre ligne si oui c'est qu'il aurait quitté le PS. "Toutefois, en adversaire le plus résolu du FN et des valeurs d’extrême-droite, nous appelons à faire barrage contre ce parti. Un appel qui ne concerne pas les duels avec l’UMP qui banalise le FN à force de tirer un trait d’égalité entre lui et le FDG" : sacrée discipline républicaine = vote utile

Merci Eric pour ces éclaircissements bienvenus. Dans le Canton de Fontainebleau PG/PCF on a fait 6,07% Mais mais, la position de Pierre Laurent ventant le 'Front Républicain' au bénéfice de la droite ump/ps signe définitivement la mort du FDG. Il est temps de trouver la forme politique Démocratique qui pourra réellement représenté non seulement les militants du PG/PCF/EELV/Ensemble mais les citoyens et notamment l'immense foule des abstentionnistes et qui sera LISIBLE. Le temps presse, sinon l'oligarchie nous imposera sa vision mortifère pour 2017. Amicalement Christian

Bonjour, Dans mon canton (Lodeve, Ganges),il y aura un duel FN/PS. nous avons le PS déguisé en diverses gauche. Après 2002 et 2012, je me refuse maintenant d’effectuer un vote "utile" ou de "barrage". Je suis contre la politique du PS aussi bien au niveau communale départementale et nationale. Je voterais blanc dimanche prochain.

Bonjour ci joint un petit résultat significatif de la progression du FdG sur les hautes pyrenées Elections départementales 2015 http://elections.interieur.gouv.fr/departementales-2015/065/index.html Résultats du département au 1er tour Binômes de candidats Voix % Inscrits % Exprimés Nb Sieges Binôme du Front de Gauche 13 341 7,49 14,68 0 Binôme du Parti Socialiste 14 598 8,20 16,06 0 Binôme Union de la Gauche 10 009 5,62 11,01 2 Binôme du Parti radical de gauche 12 861 7,22 14,15 0 Binôme Divers gauche 4 295 2,41 4,73 0 Binôme d'Europe-Ecologie-Les Verts 652 0,37 0,72 0 Binôme Divers 539 0,30 0,59 0 Binôme Union de la Droite 13 770 7,74 15,15 0 Binôme Divers droite 6 356 3,57 6,99 0 Binôme Front National 14 470 8,13 15,92 0

Je ne cherche pas à me compliquer la vie inutilement. Le 1er tour d'une élection locale à 2 tours n'est ... qu'un premier tour d'une élection locale. Compter ses troupes dans ce type d'élection ne peut être que spéculation. Qu'est ce qui est intéressant dans ce type d'élection : le taux d'abstention. Point barre. Les comptes seront faits à l'issue du 2ème tour (nombre d'élus, de cantons, de départements de tel ou tel parti). Pour qui voter au second tour ? Là aussi, je fais simple. Je fais barrage à l’extrême droite (c'est un principe immuable) puis à la droite ... quitte à voter pour un candidat représentant le PS que je ne porte pas dans mon coeur. Entre 2 maux, je choisi le moindre. Si l’extrême droite arrive aux manettes, mêmes locales, on peut imaginer sans difficulté qu'il va être extrêmement difficile de s'en débarrasser. Ils sont là pour le pouvoir et le fric. Le sort des français, du peuple importe peu à l’extrême droite. L'Histoire est là pour nous le rappeler. L'affaire des assistants parlementaires à l'UE est aussi très significative.

nous appelons à faire barrage au FN

Permets moi de te le dire : "voter PS aujourd'hui dans le cadre d'un duel UMP-PS serait un moindre mal" ? ... Ca reste à prouver... Je défie quiconque de m'en convaincre ce jour de 2ème tour de scrutin à Auray (morbihan) où je me trouve face à ce choix ! ...

appeler à faire barrage au front national, c'est donner une consigne de vote et ça peut avoir l'effet inverse de celui escompté par réaction de gens de droite.